La méditation (2)

Nous avons vu la semaine passée que la différence fondamentale entre la gymnastique (et autre sport) est la conscience que l’on met tant dans la phase dynamique de prise de posture que dans la phase statique, dite de méditation. La séance entière n’est alors plus qu’une méditation qui prend le corps comme objet de concentration.

Il va s’en dire que pour le yoga, la phase la plus importante est la phase statique, qu’il convient de maintenir longtemps (tant que la posture reste confortable). On peut effectivement observer qu’en yoga, on recherche systématiquement l’immobilité :

– l’immobilité du corps dans une posture
– l’immobilité du souffle, donc la rétention, à poumons pleins ou à poumons vides, pendant les exercices de pranayama
– l’immobilité du mental dans la méditation

Comment le yoga permet-il de d’activer l’énergie du corps entier dans l’immobilité ? N’est-ce pas un paradoxe. N’est -il pas plus judicieux de rester dans l’action, dans le mouvement (comme en gymnastique) pour dynamiser le corps ?

Et bien non, et c’est cela qui rend le yoga génial ! Prenons deux images pour mieux comprendre.

Nous avions dit que le yoga était un véritable voyage d’introspection dans notre inconscient., ce qui nous permet , avec de la pratique , de modifier positivement notre inconscient. Pour observer le fond de nous même, il faut de l’immobilité. Imaginez que vous êtes au bord d’un lac et que vous souhaitez observer le fond de ce lac. Comment pourriez-vous le faire si la surface est agitée, balayée par des courants rendant le fond trouble et faisant remonter à la surface toutes sortes d’impuretés ?
Au contraire une surface lisse et calme, nous permet de voir le fond du lac sans difficultés.
Le lac, c’est notre mental, les vagues et courants, ce sont nos pensées incessantes.Le fond du lac, c’est notre nature profonde, notre Esprit. Ainsi, nous comprenons aisément que l’immobilité totale est une condition indispensable à toute méditation.

Outre ce voyage intérieur, le yoga est aussi une source de santé pour notre corps en lui fournissant toute la puissance de la nature. Comment obtenir la puissance grâce à l’immobilité ? Prenez cette fois l’image d’un fleuve qui coule majestueusement et paresseusement dans une plaine. Vous souhaitez produire de l’électricité grâce à ce fleuve, mais le débit lent ne produit pas assez d’énergie. Si par contre vous immobilisez le fleuve, en construisant un barrage, vous constituez une réserve d’eau et d’énergie très importante. Dès que l’eau se sera suffisamment accumulée, vous pourrez ouvrir la vanne et obtiendrez un débit très important qui vous permettra de produire votre énergie, et cela sans le moindre effort.

Voilà comment les yogis obtiennent puissance et clairvoyance poussées à l’extrême. Voilà comment les yogis sont dotés du plus grand des pouvoirs qui existe : la maîtrise parfaite d’eux-même : corps et mental.

Mais pour immobiliser son mental afin de pouvoir le maîtriser et l’utiliser correctement (alors que souvent, c’est le contraire qui se passe : c’est notre mental qui nous maîtrise), il faut d’abord apprendre à immobiliser son corps et sa respiration. Lorsque mon corps est calme, ma respiration profonde et détendue, mon mental se tranquillise automatiquement. Rien de tel pour cela qu’une séance d’asana et de pranayama.

Namasté

La méditation (1)

Les premiers textes écrits relatifs au yoga remontent à l’an 300 av. JC. Les » yogas sutra » sont la compilation dans un recueil, par le sage Patanjali, de toute la pratique yogique pratiquée jusqu’à cette époque , et cela depuis des millénaires. Cette compilation est basée sur la philosophie du « samkya », un des six points de vues philosophiques traditionnels indiens. Outre la philosophie, il y est question aussi de la psychologie humaine (à titre de comparaison, la science moderne ne s’est intéressée à la psychologie que récemment).

Le yoga de Patanjali, , qui est une « méthode pratique pour supprimer la souffrance » est appelé « Yoga Royal » ou aussi « yoga à huit branches », car huit étapes successives permettent d’arriver au but recherché. Ces étapes amèneront très vite le pratiquant à se plonger à l’intérieur de soit même et à pratiquer une introspection poussée, afin d’étudier au plus près la Conscience.

Notons déjà à ce stade une différence fondamentale entre la pensée occidentale, qui considère la philosophie comme quelque chose d’abstrait, alors que pour un indien, elle revêt un caractère très pratique, à la base de la vie quotidienne.

Les cinq premières étapes constituent la base de la pratique, ce que l’on pourrait appeler le « yoga physique » :

  1. Yama = règles de conduite sociale
  2. Niyama = règles de comportement personnel (purification et discipline)
  3. Asana = postures physiques
  4. Pranayama = contrôle du prana
  5. Pratyahara = contrôle des sens

Les trois dernières sont plutôt relatives au « yoga mental » :

  1. Dharana = concentration
  2. Dhyana = méditation
  3. Samadhi = absorption

Chaque étape accomplie mène à la suivante.

Les règles de conduites et la discipline personnelle sont un préalable à toute pratique du yoga. En effet, pour supprimer la souffrance, commençons par ne pas infliger de souffrance ni aux autres, ni à soi-même.

Les asanas et le Pranayama sont les deux étapes les plus connues en occident. C’est que vous faites lorsque vous vous rendez dans un cours de yoga. On vient à un cours de yoga pour faire des postures, parce que cela nous maintient en forme et en bonne santé, parce que l’on veut soigner une maladie ou une incapacité physique, parce que l’on se sent détendu après la pratique, …

Mais pourquoi un cours de yoga ? Ne pourrais-je pas retrouver tous ces effets par la pratique de la gymnastique,, du sport, de la natation , la danse ? On retrouve d’ailleurs pas mal de mouvements et postures communes à ces différentes pratiques. Mais alors qu’est ce qui fait la différence ?

La différence est tout simplement : la conscience

La pratique yogique , dans son voyage intérieur, exécutée de manière consciente, nous permet de communiquer avec notre corps, avec chaque cellule du corps, de faire appel à l’intelligence du corps et d’imprimer dans sa mémoire , dans l’inconscient, des images positives ( de la santé, du calme, la paix, etc…).

Observez que la pratique des postures est toujours composée de deux phases:

  • une phase de mouvement (la gymnastique) pendant laquelle je prends (ou défais) une posture
  • une phase statique durant laquelle je me concentre sur l’étirement, ou l’organe cible de la posture, ou tout simplement sur un point – par exemple la respiration. C’est la phase méditative

La respiration fait le lien entre les deux. Notre pratique des postures, le yoga physique, n’est alors plus qu’une méditation ayant pour objet le corps.